
Mohamed Khadda est un peintre algérien né en 1930 à Mostaganem. Il est considéré comme l'un des fondateurs de la peinture algérienne contemporaine et l'un des principaux représentants de ce que l'on nomme l'École du Signe. Autodidacte, il commence en 1947 à réaliser aquarelles, pastels et peintures, alors qu'il est typographe et dessine les croquis des maquettes dans l'imprimerie où il travaille depuis 1944. En 1953 il vient avec Abdallah Benanteur à Paris, où il dessine le soir à l' Académie de la Grande Chaumière, se lie avec le romancier Kateb Yacine, milite pour l'indépendance de l'Algérie et réalise sa première exposition personnelle. Mohammed Khadda rentre en 1963 en Algérie où il expose régulièrement. Membre fondateur en 1964 de l'Union Nationale des Arts Plastiques dont il est le secrétaire de 1972 à 1975, il y défend la peinture non figurative violemment dénoncée à cette époque, illustre plusieurs recueils de poèmes (Jean Sénac, Rachid Boudjedra) et crée des décors et costumes pour les Théâtres d'Alger et d'Oran (Abdelkader Alloula).
En 1971 paraissent ses Éléments pour un art nouveau, introduction à l'histoire de l'art en Algérie. Mohammed Khadda travaille, entre 1973 et 1976, à la réalisation de plusieurs peintures murales collectives, accompagne de ses dessins, dans les années 80, des recueils notamment de Bachir Hadj Ali, Tahar Djaout, Habib Tengour, et rassemble en 1983 dans Feuillets épars liés la plupart de ses articles et préfaces. Il participe en 1986 à l'exposition inaugurale des collections permanentes de l'Institut du Monde Arabe de Paris. Khadda préface en 1989 L'Arbitraire, texte (sur la torture) et poèmes de Bachir Hadj Ali, en 1990 un livre sur Mohamed Racim. Il œuvre simultanément à la constitution de sections algériennes de la Ligue des Droits de l'Homme et d'Amnesty International. Il meurt à Alger le 4 mai 1991.
L'œuvre :
Attentif à l'évolution de l'art européen, enrichi de son dialogue depuis le début du siècle avec les expressions des autres continents, Khadda découvre que de grands peintres occidentaux, au-delà de l'intérêt des cubistes pour l'art africain des masques, s'inspirent d'éléments de la culture arabe: « Que Matisse usait élégamment de l'arabesque, que l'admirable Paul Klee était ébloui par l'Orient, que l'américain Mark Tobey reprenait les signes de l'Extrême-Orient. Que Piet Mondrian refaisait, à son insu, les carrés magiques du Koufi », purs équilibres, illisibles au premier abord, « entre les pleins et les vides, entre le clair et l'obscur ». Dès 1954 la peinture de Khadda se détache de toute figuration réaliste, ressentie comme étrangère à la sensibilité de l'art maghrébin, « un art non figuratif par excellence », écrit-il encore. Dans les années suivantes son abstraction s'appuie sur les éléments plastiques de la graphie arabe. Ses Alphabets libres feront de lui l'un des fondateurs de ce que Jean Sénac nommera "l'Ecole du Signe".
Au début des années 1960 les tracés noueux qui structuraient ses paysages non figuratifs se contractent et se réarticulent, à partir de 1967, autour du thème de l'Olivier qui, déclare-t-il alors, est "à la naissance des signes et de l'écriture" qu'il propose. Ces signes, par la suite, vont d'une part se différencier en une continuelle expansion et lui permettre d'épeler toujours d'autres chiffres, comme on a dit à son propos, du "grand livre du visible", des failles de la pierre au vol de l'oiseau, des méandres de l'oued à la Calligraphie des algues. Ils vont d'autre part, comme poursuivant plus loin leur cristallisation, se déployer librement dans leur espace propre. Découverte de l'écriture du monde et exploration du monde de l'écriture demeureront ainsi dans son œuvre indissociablement liées en deux cheminements complémentaires, chacun retentissant à mesure sur l'autre, qui ne cesseront de rapprocher par degrés le peintre, en une quête unique, des sources mêmes du Signe. Dans les années 1980 Mohammed Khadda ancre davantage son cheminement sur la Lettre. « Je n'ai jamais employé la Lettre pour la Lettre », précise-t-il, « dans mes peintures ou mes gravures, on retrouve un peu la forme des lettres, les formes parce que je me refuse à employer la Lettre arabe telle quelle ». Ses peintures ne se saisissent jamais, en effet, d'une écriture achevée, "inscrite" déjà, mais donnent à éprouver l'élan d'une écriture originairement "inscrivante". Explorant librement ses gestes, en amont des conventions qui les codifièrent dans l'avènement des premiers alphabets, Khadda se fait, a-t-on dit, "l'archéologue du possible".
Jugements :
"Pour avoir su de nouveau faire être le charme de l'élémentaire, il a fallu que Khadda fût un magicien. Il fut, dirais-je, plutôt un géomancien, celui qui lit les signes dans le sable et qui, surtout, commence par les y tracer.(...) Mais ni passé, ni présent, ni avenir: dans les toiles, les dessins de Khadda, se donne à lire ce qui, éternel, confond en lui passé, présent et avenir."
Mohammed Dib, 1994.
Gravure :
Envol sur roche, gravure sur plomd, 1979 - (11 x 11 cm):

collier de signes, gravure sur plomd, 1979 - (10 x 8,5 cm):

Maghreb bleu, gravure sur plomd, 1979 - (11 x 11 cm):

Chardon, gravure sur plomd, 1984 - (17 x 10 cm):

Huiles :
Olivier-ronce, huile sur toile 1976 (65 x 92 cm):

Sahel sous le vent, huile sur toile 1989 (54 x 65 cm):

Exposition. Mohamed Khadda au Mama : Un inventeur de beauté.

Vingt ans après son décès, ses formes et ses couleurs resplendissent encore et nous parlent.
A travers Mohamed Khadda, le Mama a voulu célébrer une féconde période de puissante invention picturale. Une vie de peinture «évolutive, intellectuelle, spontanée», une peinture de la liberté qui débuta juste après l’Indépendance du pays, et dont Mohamed Khadda est une des figures emblématiques. Présenter l’œuvre de Khadda à l’occasion du 20e anniversaire de son décès fut pour moi, durant toute la préparation (et le sera sans doute pendant toute la durée de l’exposition), source d’une grande émotion où l’infini plaisir que procurent généralement les rétrospectives de grandes œuvres le dispute, dans mon esprit, au regret, intensément ravivé, d’une disparition prématurée. Le monde de la culture et, singulièrement, celui de la peinture, a été, pour les gens de ma génération, marqué par les personnages hauts en couleur que furent ces «inventeurs» de la peinture algérienne moderne dont Khadda faisait partie et qui, à l’aube de l’indépendance, ont illuminé les rares cimaises d’Alger et du pays en construction. A la fin de la guerre d’Indépendance, Alger connaît une atmosphère intellectuelle et artistique euphorique. Les noirs souvenirs de la colonisation et les traumatismes qui en résultent sont omniprésents, mais la construction du futur est dans les têtes et les cœurs. Dans ce bouillonnement de l’après-guerre, la figure de Khadda occupait une place particulière. Sa présence dans le paysage algérois était paradoxale : faite d’une extrême discrétion, voire d’effacement, et, en même temps, d’une occupation constante de tous les fronts culturels. Or, ceux-ci étaient alors à la fois fort riches en débats et demandeurs de structures et d’organisation, et Khadda s’y impliquait pleinement. A l’image des grands artistes, Khadda pense que la fonction de l’art est de révéler à l’être humain «sa grandeur et sa dignité». Confondant le plaisir de vivre avec celui de peindre, Khadda adopta le langage non figuratif pour exprimer une réalité intérieure et extérieure pleine de couleurs, d’émotion, de poésie et de beauté. Des petits formats aux grands formats, Mohamed Khadda privilégie le geste spontané, la touche fluide et rapide, et utilise une gamme chromatique sensible aux contrastes prononcés et à des formes informelles qui laissent apparaître des espaces picturaux ouverts. En quête d’un espace invisible, d’un lieu où l’on se sent toujours en harmonie avec soi-même et avec le monde ; même dans des formes contradictoires, ses tableaux, à travers la couleur, demeurent un espace où le rêve s’inscrit et s’étire dans le temps. Aussi, est-ce avec une grande nostalgie que je me suis re-plongé dans ce travail multidirectionnel de Khadda qui me fait penser à un texte de Goethe : «Je reste toujours pareil à moi-même au sein de mes innombrables métaphores. Les branches trop multiples ne sont un danger que si le tronc est fragile.» Ce qui est loin d’être le cas de Khadda.
Ses visions apparaissent progressivement et ne s’arrêtent pas à l’aspect extérieur des choses. Ses secrets nous sont livrés peu à peu et nous entraînent alors dans une peinture où les ombres et la lumière se révèlent ; le trait devient plus net ; la magie de la couleur opère pour livrer une peinture subtile où les multiples nuances des ocres, des gris, des rouges, des bleus, des verts font vibrer la toile comme palpite l’esprit dans sa quête... Sa palette cultive la joie, la tristesse, la mélancolie, comme on cultiverait une amitié profonde et sans restriction. Les couleurs sont en étroites relations et s’épanouissent avec une transparence personnelle qui porte l’émotion dans l’âme. Les frontières, les espaces et les surfaces éclatent d’une beauté attachée à la vue et à la sensibilité de ceux qui regardent ses œuvres. Mohamed Khadda recherchait la lumière, l’équilibre des formes et, de façon plus absolue, la beauté de l’harmonie et du parfait à travers un cheminement intérieur. Peindre le mouvement pour lui-même, sans référence à un objet particulier ; capter l’émergence, la dissolution, la fusion, l’éclatement, la transformation de cette forme dans l’espace de la toile, sans avoir à démontrer ou imposer ; laisser chacun libre de créer sa propre vision ; suggérer plutôt que dire et entrevoir dans chaque peinture la part d’inachevé qui laisse possible sur la même toile une infinité d’autres peintures. Dans certaines œuvres, le signe s’estompe au profit de la tache pour laisser place à des espaces picturaux plus ouverts, parfois flottants ; le motif n’est plus centré, assujetti au cadre du tableau, mais traverse le champ pictural, se poursuivant à l’extérieur, évoquant un hors champ.
Derrière l’image traditionnelle du peintre abstrait gestuel et lyrique, Khadda manifeste un goût affectif pour les instruments de la création – brosses, pinceaux, papier, toile, carton, etc. Il sait se laisser guider par le matériau quand celui-ci lui convient car moyens et but sont intimement liés dans son œuvre. Toute l’œuvre de Khadda laisse à penser que l’incertain et l’improbable restent encore à peindre : il nous projette de toile en toile dans un monde jamais ouvert aux hommes auparavant, sans aucune violence. Sans passéisme aucun, je souhaite que les jeunes visiteurs de cette exposition s’imprègnent de cet esprit fait d’audace, de liberté et d’exigence qui anima les artistes de cette génération, et dont Khadda représente une sorte d’image exemplaire par le sérieux et l’allant qu’il apportait dans chacune des entreprises, chacune des tâches dans lesquelles il s’engageait. Que ce soit dans la confection d’une maquette de livre ou d’un logo (réalisés dans le cadre de son travail dit alimentaire) ; que ce soit dans la création de la plus spontanée de ses aquarelles, de la plus élaborée de ses toiles ou de la plus concise de ses gravures ; que ce soit encore dans la rigueur de sa réflexion quand il écrivait ou intervenait dans un débat ; que ce soit enfin, plus simplement, dans les échanges amicaux qu’il entretenait avec les artistes d’autres disciplines (cinéma, théâtre, littérature...), le plus souvent dans sa maison-atelier qui était un des lieux de ralliement de l’intelligentsia de l’époque.
Mais les moins jeunes trouveront aussi dans cette exposition/hommage la reviviscence du climat d’intense créativité qui caractérisa notre champ culturel dans les premières décennies de l’Algérie indépendante. Ils y trouveront/retrouveront cet ancrage profond dans la tradition plastique de notre Maghreb, et cette appropriation, magistralement intégrée et décomplexée, des esthétiques d’autres contrées : l’européenne, bien sûr, qui fut son socle et son horizon de formation, mais aussi l’africaine dont il se sentait héritier à plus d’un titre, mais encore la lointaine influence d’Amérique latine ou d’Asie. Cela amena d’ailleurs Bernard Dorival, éminent critique d’art, à faire remarquer, à juste titre, que pour les «jeunes artistes étrangers qui affluèrent vers Paris, le plus merveilleux c’est qu’en y recevant des leçons françaises, ils ne laissent pas de rester ce qu’ils sont, voire de le mieux devenir, les fils de leur pays natal et les héritiers de leur culture que tous les enseignements et les exemples de France, loin d’étouffer, épanouirent». Les uns et les autres (les jeunes et les moins jeunes) auront à méditer, à la faveur d’un tel événement, sur ce que signifie concrètement l’engagement conjoint dans l’art et dans la vie de la cité. Ils y trouveront peut-être à conforter leurs propres aspirations à un environnement de beauté, à un monde où le geste culturel soit partie intégrante de leur quotidien, où chacun aurait à cœur de mener son propre combat pour prolonger et parfaire l’œuvre des devanciers…, enfin à recouvrer l’idéal et l’enthousiasme de notre entrée dans le concert des nations libres. Je souhaite à quiconque franchira le seuil du Mama, à l’occasion de cette exposition, d’entrer dans l’univers de Khadda avec la même ouverture d’esprit et la même soif d’apprendre qu’il a manifestées pendant sa formation, qu’il a gardées, sa vie durant, dans sa peinture et dans ses écrits. Et parions que les visiteurs en sortiront avec le sentiment d’avoir rencontré un être aussi fraternel et amical que combatif et intransigeant ; un de ces êtres façonnés dans cette pâte propice à nourrir les rêves et construire les légendes, et qui nous insuffle le désir de léguer, à notre tour, une obole – si minime soit-elle – à verser dans le patrimoine collectif, la volonté de laisser, à notre tour, notre empreinte – si légère soit-elle – dans le fonds commun, afin que l’une et l’autre soient transmises à nos descendants. Au nom de tous ceux qui, de près ou de loin, ont œuvré à la réalisation de cet hommage, je souhaite à tous les visiteurs la bienvenue dans l’univers de Khadda. Univers qu’il serait tellement heureux de les voir se l’approprier, le faire leur.
Source : El-watan.
Mohamed Djehiche, Directeur du Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger, historien de l’art.
Ce texte ouvre le catalogue de l’expo. Khadda (Mama, du 5 mai au 30 juin 2011. Entrée libre, tous les jours, sauf le vendredi, 11h à 19h).
1. 12/06/2011
je suis si content de découvrir que L’ALGÉRIE a pu avoir un artiste d'un si haut niveau, je suis enchanté de le savoir et très fière qu'il soit algérien. c'est dommage Mr MOHAMED KHADDA est décédé, car j'aurais donné mon dernier sou pour le connaitre. MR HACHEMI AMEUR: the link, s'il vous plait...!!! 

...!!!
2. 19/10/2010
Merci pour ces tableaux
3. 03/10/2010
on a rien à dire vraiment en voyant ses tableaux de Mohamed khadda, j'ai fais des études à gomez où on a fait la lecture de Mohamed Khadda, je suis une dessinatrice comme lui au revoir.
1. Par Benatia le 22/02/2012
C'est beau, mais les élèves de l'école coranique ont des têtes d'adultes alors qu'ils sont en shorts ...
2. Par Rami - Tiaret le 22/02/2012
Ssalem, merci beaucoup mais vous avez oublier un grand wali : Sidi Ben Tekouk.. le symbole religieux ...
3. Par Boudjemaa Boualem le 22/02/2012
Bonjour, Je cherche les photos de ma génération (1985 - 1989) avec l'espérance ESM, j'ai joué dans plusieurs ...
4. Par Tedlaouti Mohamed le 21/02/2012
Bonjour, Je suis à la recherche de photos d'équipe de l'ESM, sur lesquelles on pourrait voir mon père ...