Khaled Bentounès

Khaled Bentounès (Photo : Catherine Touaibi).

Président d'honneur de la tarika El-Alaouiya, écrivain, pédagogue, conférencier, le cheikh Khaled Bentounes parcourt le monde depuis de nombreuses années, principalement l’Europe, l’Afrique et le Moyen-orient où il transmet l’enseignement traditionnel du soufisme (tasawwuf en arabe). Le cheikh Bentounes souligne que : "Si l’Islam est un corps, le soufisme en est le cœur, on y réapprend à goûter la saveur de Dieu dans le silence de l’instant". Il se fait le témoin d’une culture de paix et de fraternité soucieuse d’unir les efforts des uns et des autres afin de dégager un dénominateur commun nourri par des valeurs universelles partagées. Homme de méditation et d’action, il s’est engagé très tôt dans des actions culturelles et sociales, principalement en France et en Algérie. Depuis l’année 2000, il participe à la consultation mise en place par le gouvernement français en vue de l’organisation du culte musulman en France et qui aboutit à la création, le 3 mai 2003, du Conseil français du Culte Musulman (CFCM) dont il devient membre du conseil d’administration.

Cheikh Khaled Bentounès précise l'esprit du Tassaouf enseigné dans les zaouïas. Un esprit, dit-il, « loin de l'extrémisme matériel ou encore spirituel ». Invité de la librairie du Tiers-Monde, le cheikh a voulu expliquer ce que sont le soufisme et le Tassaouf devant une assistance très attentive. Enseigné dans les zaouïas, « cet » Islam, jugé quelque peu particulier et différent par les théologiens purs et durs, a été, à une certaine période de l'Algérie post indépendance, brimé et même combattu par le pouvoir d'alors. Au début des années 90, le pays s'est trouvé confronté à des esprits « venus » d'ailleurs prêcher la parole et l'acte de l'islamisme politique, de l'extrémisme, du fondamentalisme, selon les convictions des uns et des autres. L'on se rappelle que dès son élection en tant que président de la République en 1995, Liamine Zeroual a pris son bâton de pèlerin pour « en savoir plus sur ce volet de l'Islam qui avait été obligé de vivre pratiquement dans la clandestinité. Zeroual avait alors comme mission de sillonner des pays comme le Yémen, le Sultanat d'Oman, l'Indonésie ou la Malaisie, là ou l'Islam kharidjite ou soufi - c'est selon - permet aux sociétés de vivre en harmonie. L'objectif du pouvoir étant à l'époque d'inverser les choses en substituant l'Islam wahhabite, qui avait envahi nos quartiers et nos territoires, par celui plus « clément et plus souple ». 

La réflexion étant toujours pendante, cheikh Khaled Bentounès l'a remise publiquement sur la table en insistant sur la non-différenciation entre un Islam et un autre. « Le Tassaouf est tel que le prophète Mohamed (QSSSL) définit l'Islam, à savoir que le véritable musulman est celui qui ne fait pas de mal à autrui, ni par l'acte ni par la parole », explique le conférencier. Il rappelle dans cet ordre d'idées que « la salafia est née à Paris en 1890 à la naissance d'El-Ouâati El-Outhka; les penseurs visaient l'ouverture sur le monde. Aujourd'hui, on a inversé les choses, on a manipulé l'histoire, on a détruit notre propre culture spirituelle ». Le cheikh explique sa pensée à travers deux de ses ouvrages qu'il a dédicacés hier à ses adeptes et lecteurs. 

Cheikh Bentounès insistera beaucoup sur le principe de l'Unicité (El-Taouhid) sur lequel repose et prend essence l'Islam. Il tient à ce que la société se l'inculque dans « cette Algérie qui se cherche (...) ». Et ce défi, il ne veut pas qu'il soit la mondialisation parce qu'il dit que « cette aoulama est basée sur la matériel sans l'immatériel: c'est la pire des situations dans laquelle va se trouver l'humanité, elle perdra ainsi les vertus, le caractère, l'éducation et le savoir-faire ». Il estime que « le matériel nous appelle à un conflit permanent ». Il reconnaît à cet effet que « l'Occident nous pose problème mais nous posons aussi problème à l'Occident: le défi est posé aux uns et aux autres ».

L'Unicité est pour lui le remède idéal pour résoudre la crise de l'humanité. Et-Taouhid est, dit-il pour « humaniser l'Islam en créant cette relation du vivant au vivant, au Er-Rahim (Dieu) ». Il met ainsi en avant « cette relation de sacralité de la vie dans laquelle Dieu a désigné un lieutenant - l'Homme -, pas dans le sens de la hiérarchie mais pour gérer sur la terre avec miséricorde, celle qui nous appelle à cette élévation de soi pour regarder le monde et le comprendre avec harmonie ». Il plaide pour la création « d'espaces neutres en remplacement des systèmes pyramidaux où il y a toujours des chefs et une base qui doit exécuter. Système pour y accéder, il faut marcher sur la tête ou les pieds des autres ». Le cheikh appellera ces espaces « le cercle des vertus et des qualités qui est une technique de management connue aux Etats-Unis, mais chez nous on ne sait ce que cela veut dire ». Le cercle, le cheikh le veut pour « que chacun de nous, musulman et non musulman, quand il se trouve à n'importe quel point, il est le premier et le dernier ». 

Le cheikh appelle au Tassaouf, c'est-à-dire « un enseignement d'éveil qui permet de regarder le monde d'une autre façon en se préparant à toute éventualité; c'est fondamental pour se prémunir des défis et menaces ». Il regrettera avec amertume que « le monde musulman se trouve aujourd'hui à s'entre-déchirer entre sunnites et chiites; c'est malheureux ! ». Il souligne la nécessité de se référer uniquement à « cette voix du milieu, en référence au Coran sans extrémisme matériel ou spirituel, voix qui permet à la Oumma de s'exprimer avec et dans la sagesse ». Ou ce qu'il qualifie d'Islam plus ouvert, celui du juste milieu, parce que, dit-il, « nous sommes de la sunna et de la djamâa avec des opinions différentes. Mais il ne faut qu'il y ait de voix dominantes ni extrémistes et il ne faut pas taire les voix des autres, ce qui créera une désharmonisation entre le pouvoir et la société et entre la société elle-même ».

Ses références, le cheikh les puise dans le Coran. Dieu, dit-il, a permis aux Hommes par la révélation et l'inspiration de pouvoir concevoir la cité, tout en la reliant au ciel, une relation qui permet de garder l'espoir, de dire que demain sera mieux, tout en poussant la réflexion sur nous-mêmes». «Ne fais pas à l'autre ce que tu ne veux pas qu'on te fasse», rappelle-t-il, en soutenant que le Tassaouf, «cette culture mohammadienne, nous appelle à l'altérité parce qu'on ne se découvre réellement que si on accepte ce rapport d'altérité avec l'autre, ami ou ennemi. Ce dernier peut t'aider pour te remettre en cause parce qu'il observe tes défauts, ces côtés ténébreux de nous-mêmes que nous voulons laisser cachés». 

Il ne manquera de signaler que « des pays ont voulu gérer leurs sociétés par la Charia: « Qu'est-ce que ça a changé ?». Pour lui, « ceux qui ont réussi ne mettent pas dans leur constitution l'Islam comme religion de l'Etat mais la foi ». L'Indonésie sera son exemple parce qu'elle est ce pays « qui a réussi à réunir par la foi 227 millions d'habitants ». Mais, dit-il, « nous ne sommes pas l'Indonésie, nos institutions sont des coquilles vides parce qu'elles fonctionnent sans spiritualité». Après tout cela, et à une question sur faut-il dans ce cas changer notre constitution ?, cheikh Bentounès répond simplement: « Je ne fais pas de politique ».

Commentaires (9)

1. Mohamed 01/12/2011

Une précision très importante en réponse à : 2. Yasmine 24/08/2010
Lorsqu'elle dit "..La calomnie et la médisance auprès D'Allah et vis à vis d'un descendant du Prophète est gravissisme..."
Notre Prophète n'a pas eu d'héritier et encore moins de descendants au Maghreb " Ma kana Mouhamadoun Aba Ahadine mine rijalikoum"(Coran).
Cette Tarika a été introduite à Mostaganem par la Cheïkh El Bouzidi (Sidi Hamou Cheïkh), dont son fakir, Cheïkh Mostafa Benalioua ,nom de famille Mostaganemoise, a donné son propre nom à l'Association de la "Tatarika Alaouia" devenu Cheïkh Mostefa El Alaoui, avec création d'une Zaouia vers les années 1930 et qui n'avait pas d'enfants. Cheïkh Khaled Bentounes de son vrai prénom "Adnane" est de père marocain, un fakir dévoué au Cheïkh El Alaoui, nommé Bentounes Haj Adda ,devenu Cheïkh Haj Adda et qui épousa la nommée Kheïra B, fille adoptive de Cheïkh El Alaoui et qui est d'origine des familles citadines de Mostaganem. Alors pour la descendance de notre Prophète, il ne faut pas dire des ignorances.... Merci.

2. Mohamed 08/09/2011

« Le Tassaouf est tel que le prophète Mohamed (QSSSL) définit l'Islam..>>
Quel Mensonge et quelle calomnie, cette phrase, le soufisme et loin de l'enseignement de notre Prophète (aleyhi salat wa salam), cette doctrine n'a ramener que des choses étrangères à l'Islam (mawlid, tariqa avec ses hiérarchies digne du boudisme, dhikr inventés, shirk souvent..). Il n'y a qu'une seul Tariqa à suivre, La Tariqa de notre Prophète (aleyhi salat wa salam), le meilleur des exemple. Sans Parlé des paroles de ce soit disant sheikh qui contredit les préceptes de l'Islam, quand par exemple il dit que le hijab n'est pas une Obligation !! Allahou mousta'aan. Les égarements de ce personnage seront long à énumérer, tellement ils sont nombreux. Qu'Allah face que nous nous attachons à la sunna de notre prophète et éloigne de nous les charlatans. Et Allah et le plus savant.

3. Yasmine 24/08/2010

Salam alaykoum, La calomnie et la médisance auprès D'Allah et vis à vis d'un descendant du Prophète est gravissisme et pas sans conséquences ! Voici quelques titres d'ouvrages du Cheikh Khaled Bentounès pour tout ceux et celles souhaitant se réconcilier avec l'Islam et sa spiritualité loin des lectures sclérosantes se développant ici et là :
- Vivre l'islam
- Le soufisme coeur de l'Islam
- L'homme intérieur à la lumière du Coran
- La fraternité en héritage, histoire d'une confrérie soufie
- La thérapie de l'âme...
Voici également une précieuse vidéo du centenaire de la tariqa alawiya diffusé sur France2 dans l'émission du dimanche matin "vivre l'islam" :
http://www.youtube.com/watch?v=qwePr48xXXQ

4. correcteur 10/07/2010

A Abdallah
je crois mon cher que tu exagère un peu dans tes propos, moi aussi je l'ai côtoyé à l'école.
Salut

5. Abdel 10/03/2010

Merci pour ces témoignages.
Je vous propose l'adresse du site de l'Association Internationale Soufie Alawiyya sur lequel vous pourrez trouvez quelques informations et rencontres de la Confrérie Alâwiyya en Europe.
http://aisa-net.com
Fraternellement

6. Abdel Hakim 02/03/2010

Salamoualikoum à toutes et à tous. Un grand merci pour cheikh Bentounès avec qui j'ai pris un très grand plaisir à lire ses différents ouvrages qui m'ont particulièrement passionné notamment "lhomme intérieur à la lumière du Coran" que j'ai même conseillé à des amis non musulmans qui ont beaucoup aimé la plume et le personnage. Je trouve qu'il est dommage d'emputer la sipiritualité à la religion car selon moi l'un est indissociable à l'autre. Je suis d'origine algerienne et je vie en France et pour moi quel grande richesse d'avoir un homme riche de spiritualité et d'humanisme parmi nous. A nous d'en tirer ces enseignements...

7. abdallah 10/01/2010

khaled bentounes que j'ai côtoyé sur les bancs de l'école primaire est depuis son enfance a été choyé car c'était l'héritier préparé depuis les années 58 il avait 1 serviteur qui l'amenait à l'école tout les matins et lui baisait la main chaque fois alors qu'il n'était âgé que de dix ans cela même en étant jeunes cela nous répugnait mais certain esprit soumis faisait de même cela se comprend beaucoup étaient pauvres mais lui menait une vie très riche financière et culturelle ce qui manquait trop aux autres entre autres a comparer a son cousin éloigné qui portais le même nom et qui était dans la même classe que nous. Beaucoup de serviteurs ou adeptes travaillaient dans leurs diffèrent commerces boulangeries, imprimerie, hammam garages plus un dizaines de voitures, des fermes etc . Adeptes soumis à esclavagismes religieux qui dormaient d'ailleurs dans l'ancienne mosquée. A un tel niveau de vie de n'importe quel gus fera des prouesse.

8. Zohra Smaili 29/11/2009

Bonsoir CHEIKH
Je suis plus que subjuguée par tous vos écrits sur l'Islam.
Je suis algérienne ,musulmane ,j'ai 64 ans.J'ai beaucoup d'admiration et surtout de respect pour votre personne.
Mon rêve est de vous rencontrer,vous avez l'art de nous réconcilier avec le vrai Islam.Personnellement ,et à mon âge ,je suis entièrement déboussolée ,je ne sais plus où j'en suis ,tant les avis diffèrent ,et pourtant ,je suis issue d'une famille croyante et pratiquante.Souvent ,je suis envahie par un doute qui m'obsède ,j'ai mauvaise conscience et c'est horrible ,en un mot ,c'est l'enfer.
Je ne voudrai pas trop prendre de votre temps qui ,j'en suis consciente est précieux .Une seule question "La phrase qui pose problème dans le Coran" celle ou Allah dit :"Battez vos femmes "
Je n'arrive pas à croire que ALLAH puisse dire une pareille chose aux hommes !!!!!qui en abusent parce que c'est la parole de Allah.
J'ai bien d'autres questions à vous poser ,si vous le permettez bien sur .
Avec tous mes respects

9. aisa el derbaoui 17/09/2009

c'est un mec cool il preche un islam moderne simple et objectif bien defini base sur la tolerance et la fraternite.
je suis un mouhibe et adepte de la zaouia non de la tarika. cet homme je le respecte et l'admire beaucoup
il a des qualites hors paires et ce perssonage on le trouve une fois tout les 100 ans a part ses predesesseur.
je lui souhaite beaucoup de courage et de force. mes amitiers a ce grand homme.
la prochaine fois aissa el derbaoui

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