Histoire de Tigditt

Tigditt dantan

  • Période de moyen âge

Le moyen âge est la période de l’apparition de l’Islam et de son enracinement profond dans les sociétés de la région de l'Afrique du Nord. C’est également la période des dynasties musulmanes berbères et de leurs guerres pour la dominance dans le Maghreb. Tigditt sera constamment mêlée à ces guerres et aux alliances et contre alliances des Maghraoua, dans le Maghreb. 

Tigditt, c’est la période de fusions culturelles et d’acculturations réciproques dotant la région d’un puissant patrimoine historique et cultuel. « la fusion des populations, n’a pas été sans acculturation réciproque, il s’est produit deux phénomènes importants pour l’avenir linguistique et culturel de cette région (l’Oranie) : l’arabisation linguistique presque complète des Berbères et un autre phénomène dont on ne parle pas assez, et qui est la berbèrisation culturelle des Arabes.

On peut dire que les Zénètes s’arabisent en adoptant la langue et la mémoire des Arabes, pendant que les Hilaliens, parallèlement, se berbérisent en adoptant les us, coutumes et l’environnement des Berbères. »1

Dans cette acculturation réciproque, Tigditt va devenir à travers les siècles, un creuset culturel pluriel puissant où la tradition païenne de Khendja Bendja va côtoyer Salaat el Istiska pendant les périodes de sécheresse, où les fêtes de l'ennayer resteront très proches de leur fondement d'origine. A Tigditt l'on continue toujours d'appeler certaines plantes condimentaires et médicinales par leur noms berbères. Et la liste reste encore longue.

  • XI° - XIX° (11e au 19e) Siècles

Au XI° siècle, sont décrits, les nombreuses industries (moulins à eau et tannerie) et les beaux jardins, installés le long de Tigditt, alimentés en eau par l'oued Ain Sefra. Au XVI° siècle, c'est à Tigditt que se réuniront et partiront les tribus locales pour défendre Mostaganem et Mazagran contre les croisés espagnoles en 1543, 1547 et lors de la dernière bataille de 1558 narrée par Sidi Lakhdar Bakhlouf, le Maghraoui.

Au XIX° siècle et dès 1830 Tigditt va organiser la résistance contre les turcs et Kouroughlis qui se sont mis au service de la France en s'enfermant à l'intérieur des murailles de la garnison turque de Mostaganem, tout en accueillant les populations turques et maures, refusant l'occupation de l'Algérie par la France.

  • Période Française

A partir du 28 juillet 1833, date de la remise de Mostaganem aux Français, Tigditt va accueillir les populations chassées de Mostaganem et de Matemore occupées et renforcer la résistance.

Cette haute résistance de Tigditt qui ne cessera momentanément qu'en 1847, sera reconnue par l'ennemi lui même : « Pendant la période de la conquête française, l’histoire de Mostaganem est féconde en faits d’armes, qui attestent de la valeur de ses habitants.

A cette histoire sont liées les villes de Tigditt, Idjidida (Beymouth) et Mazagran.2 A partir des années 1840, la ville de Mostaganem sera progressivement détruite pour la création d'un périmètre urbain qui servira à la construction de la ville européenne.

A partir de ce moment là, la France coloniale a toujours indiqué Tigditt comme faubourg de Mostaganem, quartier arabe ou village arabe. 50 ans après notre indépendance beaucoup de gens, parfois de Mostaganem, voient Tigditt comme un faubourg de Mostaganem, un faubourg mal famé et auquel on ne pense que lors des élections, ou lorsqu’on cite l’histoire ancestrale de Mostaganem". Et encore souvent timidement.

Pendant la période coloniale et de ses premières décennies, autant Mostaganem verra sa population chassée, ses mosquées et lieux de culte détruits, souillés ou profanés, son patrimoine culturel matériel et immatériel déraciné pour être remplacé par la "civilisation de la vieille Europe".

Autant nous verrons Tigditt devenir Mostaganem la musulmane, détentrice et garante de la religion musulmane, de nos traditions et de notre patrimoine culturel.

Tigditt va inlassablement continuer de réunir ses enfants, nourrir leur mémoire de nos traditions séculaires, promouvoir leur solidarité et alimenter continuellement l'esprit de résistance pour faire face aux multiples agressions subies par notre peuple durant toute cette affreuse nuit coloniale qui a duré 132 ans.

Tigditt sera le creuset dans lequel vont fondre toutes nos valeurs et deviendra un haut lieu de rayonnement religieux et mystique, un très haut lieu culturel et un très haut lieu de sociabilité. La population de Tigditt devient et restera une grande famille malgré la diversité ethnique qui la compose.

C'est à Tigditt que sera maintenue, allumée la flamme du nationalisme et de la résistance, jusqu'au moment du déclenchement de la guerre de Libération Nationale, le 1° novembre 1954. Tigditt donnera la plupart des Chahid de Mostaganem. Aujourd'hui, Tigditt est abandonnée à l'outrage des ans, à la misère et au sous développement, dans l'indifférence générale et sans émouvoir personne.

Par : Feu BOURAHLA Abdelkader.

Références :

1. Paroles graves et paroles légères; Ahmed Amine DELLAI, chercheur au centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle d’Oran (CRASC). (Enag 2OO3 P. 7)
2. Mostaganem et son arrondissement; Louis PRIOU, Avril 1912 Page 19.

Commentaires

  • Farid Salemkour
    • 1. Farid Salemkour Le 07/09/2019
    Bonjour Mr Abdelkader Bourahla,
    J'ai étudié à l'ITA de Mostaganem j'adore cette ville et je connaissais Tijditt c'est la casbah de Mosta.
  • COMMES Jean-Francois
    • 2. COMMES Jean-Francois Le 20/06/2019
    Bonsoir Abderkader,
    Votre description donne envie de connaître votre ville!
  • Amina
    • 3. Amina Le 05/02/2019
    Bonjour Mohamed,
    Votre commentaire m'a beaucoup touché car moi aussi je suis née à Tigditt qui reste ancrée au fond de mon cœur. Qu'est devenue la maison de vos ancêtres ? Amina (a.kerdagh@yahoo.fr). merci de votre réponse.
  • Mohamed
    • 4. Mohamed Le 19/01/2019
    Tigditt le plus beau quartier du monde. 1973, date du BAC et date à laquelle, j'ai commencé à voler de mes propres ailes, vers d'autres villes où j'ai vécu : Alger, Paris, Alexandrie, Montréal, Jijel. Sans jamais quitter Tigditt. Dans ma tête, je réside toujours à Tigditt où je dois y passer pour m'oxygéner 2 à 3 fois au minimum par an : Pèlerinage à la maison mauresque où mes ancêtres et mes parents y ont vécus et y sont morts, Souika, Quartier de la Zaouia Alaouia, Qui ne connais pas les Aïssaoua et autres figures anciennes de Tigditt : Scout El-Falah, Tamasquette, Sbaïsi, Afaïf, Beghecham, Hanfass, Degas, Boukrââ "le Boulanger" et Hamani le menuisier Allah Yarhmhoum, Kahla et Ziane (les rois de la Karantika). Tous les pêcheurs de bazar Doukara; les baharas qui cultivent les jardins de Tigditt. Je n'ai trouvé dans le monde aucun lieu aussi original et qui me satisfait en dehors d'elle. Même les Champs Elysée, la baie d'Alexandrie n'ont pu me la faire oublier. J'y retourne encore et encore car je fais partie d'elle, ses habitants son miens et je suis d'eux.