Mostaganem d'antan

Cyber cartes

La ville de Mostaganem fut prise le 28 juillet 1833 par le général Desmichels qui, au bout de quelques jours repartit pour Oran, laissant sur place une faible garnison de soldats français. A cette époque, la ville, qui n’était habitée que par des musulmans et quelques israëlites, était divisée en quatre parties distinctes :

  • Le centre occupé par les Kouloughlis et les Turcs sur la rive gauche de l’Ain-Sefra, groupés autour d’un vieux fort appelé Bordj El Mehal (Fort des Cigognes).
  • Matemore, quartier presque exclusivement occupé par les Maures, se livrant au commerce des grains.
  • Tigditt au Nord qui avait l’aspect d’un faubourg complètement ruiné.
  • Enfin, Didjida, situé au Sud qui fut appelé par la suite : Village des Citronniers.

C’est là, le point de départ de la ville et, dès la signature, la paix s’installe dans la région où elle fut cependant encore troublée, en 1840 et 1845. La première promenade publique, partant des portes de Mascara pour aller au quartier de Beymouth, en longeant la route de Relizane, fut créée en 1851, sur l’emplacement de ce qui devait être plus tard le Jardin Public.

En 1855, le Conseil Municipal approuva le plan d’alignement des rues, des places et carrefours de la ville encore enserrée dans ses remparts, ceux-ci s’ouvraient sur l’extérieur par cinq grandes portes : Porte de Mascara, d’Arzew, de la Marine, des Medjahers, du Fort de l’Est.

Un décret du 6 février 1856 porta création du Tribunal de Première Instance. Un décret impérial du 10 avril 1857 décida de la création des lignes de chemin de fer d’Alger à Oran et de Mostaganem à Relizane.

En 1862, le Conseil vota un emprunt destiné à la construction d’une école de filles, d’un abattoir, d’un théâtre. On décida, en 1864, l’aménagement de la Place d’Armes. On y planta les beaux platanes qui entourent la grande église.

Le 20 mai 1865 l’Empereur Napoléon III rend visite à la ville. Les clés de Mostaganem lui furent présentées par le Maire, M. Bollard. Année après année, la ville prit sa physionomie de Cité Française, dotée tour à tour de tous les bâtiments nécessaires à son agglomération grandissante, écoles, collèges, ponts sur l’Ain-Sefra, marché couvert, halles aux grains, école primaire supérieure, port, chambre de commerce, hôpital, etc...

Après la grande guerre de 1914-1918, la ville éclata hors de ses remparts mis à bas en même temps que la Caserne du Barail, dont les effectifs, formés par le 2ème Régiment de Tirailleurs avaient été transférés dans la nouvelle et grande caserne du général Colonieu.

La ville prit un essor considérable qui se traduisit par le développement de tous ses quartiers extérieurs et la création de nouveaux faubourgs. Dans la nouvelle organisation administrative de l’Algérie Française, Mostaganem avait pris rang de chef-lieu de département avec, nouvelle Préfecture, Hôtel des Finances, etc.

1927 : Réalisation de l'hôtel de ville

L’Hôtel de ville était installé, au début, sur la place d’Armes qui devint plus tard, la place de la République. L’évolution de la cité rendit nécessaire la construction d’un nouvel édifice, sur un terrain situé à l’extérieur des remparts. Construit par M. Monthalant, architecte, le nouveau bâtiment fut inauguré le 10 juillet 1927 par le maire, M. Adrien Lemoine, en présence du Gouverneur Général.

Par son style original et imposant, sa taille et sa blancheur éclatante sous le soleil, la nouvelle Mairie, encadrée dans les frondaisons d’un grand jardin public, dominait la ville. Son beffroi se voyait de très loin, il s’enrichit plus tard d’une horloge sur ses quatre faces. Pour parachever cet ensemble, un Monument aux Morts (oeuvre du sculpteur parisien Maurice Favre), fut érigé en 1932, à la gloire du 2ème Tirailleurs.

Maitre Lucien Laugier fut le dernier maire de Mostaganem de 1953 à la fin de l’Algérie Française. De la vaste esplanade de la nouvelle Mairie partait l’avenue du 1er de Ligne qui menait à la place de la République. De très nombreux commerces sous ses arcades, en faisaient le centre des affaires.

La Place de la République, ombragée de platanes centenaires est entourée sur trois côtés par des immeubles à arcades, la Banque de l’Algérie et le Crédit Lyonnais sur le quatrième côté. Au milieu de la place, l’église Saint Jean Baptiste, avec ses ouvertures de style Roman et son clocher en dôme si caractéristique de l’époque centenaire à laquelle remonte son édification.

L’Algérie fut érigée en diocèse, à l’égal de ceux de France, le 9 août 1838. Au cours d’un voyage à Mostaganem, Monseigneur Dupuch, évêque d’Alger bénit une petite mosquée en très mauvais état mise à sa disposition par l’autorité militaire et dédia cette future paroisse à Saint Jean Baptiste puisque c’était le jour de la Saint-Jean, le 24 juin 1839.

Après celle de Saint Louis d’Oran, Saint Jean Baptiste de Mostaganem fut la deuxième paroisse fondée en Oranie après la conquête française.

L’abbé Joseph Jaubert en fut le dernier curé à partir de 1937 et au-delà de l’indépendance. Ce n’est qu’en 1970, sa santé s’altérant, qu’il quitta Mostaganem, après 42 ans de présence dont 33 comme curé-doyen. Dans les dernières années, l’église s’agrandit d’une grande sacristie.

En mai 1946, l’évêque d’Oran, Monseigneur Bertrand Lacaste érigea l’église Saint Jean Baptiste en église paroissiale et créa une seconde paroisse, dédiée à Sainte Marcienne dont l’unique curé fut l’abbé Emile Buguault.

Alors que la ville était en plein essor, une terrible catastrophe vint anéantir le quartier du marché couvert. L’Ain-Sefra est un oued qui prend sa source à quelques kilomètres de Mostaganem. Il était souterrain à cette époque. Cet automne était particulièrement pluvieux et ces averses répétitives avaient considérablement augmenté le niveau de l’eau qui charriait branchages et matériaux divers.

Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1927, en six (6) heures de temps et sous une pluie diluvienne, un véritable fleuve en furie de 70 mètres de largeur sur 4 mètres de hauteur vint envahir la place Gambetta et frapper de plein fouet le marché et les immeubles avoisinants. Rien ne résista à cette force extraordinaire.

On dénombra 83 cadavres mais, combien de disparus ? Les habitants des douars étaient venus en ville, nombreux, pour le marché qui devait se tenir ce matin-là. Le quartier changea complètement d’aspect. La place disparut, les remparts furent rasés et l’Ain-Sefra coulait alors à ciel ouvert (et sous surveillance). Trois ponts furent jetés par dessus pour relier le centre de la ville au quartier de Matemore.

Depuis l’indépendance, les trois ponts ont disparu et l’Ain Sefra coule de nouveau en souterrain. Le Port de Mostaganem ne prit son véritable départ qu’après l’inondation de 1927 dont il souffrit beaucoup. Les premiers travaux de construction furent engloutis.

II est intimement lié à la présence française. Les Romains, les Arabes et les Turcs ne s’étaient guère occupés de créer un port à Mostaganem. La Crique au nord de la Salamandre et la "Baie des Pirates" à l’Ouest de Karouba formaient les seuls abris, bien précaires, pour les pêcheurs et les felouques turques, pressés par un grain menaçant de gagner la côte.

A cette époque, il n’existait devant Mostaganem, qu’une plage de sable, au milieu de laquelle coulait l’Ain-Sefra. Les premiers travaux destinés à faciliter le trafic maritime aux abords de Mostaganem furent entrepris en 1847, sous la forme d’une jetée-débarcadère.

Longtemps, les navires allant d’Alger à Oran passaient au large de Mostaganem sans s’y arrêter. Chargement et débarquement s’effectuaient par caboteurs puis, avec la construction du nouveau port, des navires de fort tonnage partaient plusieurs fois par semaine pour Sète, Marseille, Bordeaux, Rouen et des navires de ICieselghur, matière filtrante utilisée en confiserie, vers les Etats-Unis d’Amérique.

Le port de Mostaganem était le 2ème port marchand d’Algérie. II s’est taillé une place très convoitée par ses voisins dans le trafic d’exportations d’agrumes, vin, moutons, boeufs, porcs, chevaux, etc. N’a-t-on pas dénombré jusqu’à 25 navires en opération, en attente dans la rade certain samedi ? Les pinardiers faisaient la queue, avec un trafic incessant entre Mostaganem et la France.

Pour accéder au port, des projets d’autoroutes, d’aménagements des voies ferrées, déplacement de la gare, étaient en cours d’exécution en 1962... La ville se modernisait sans cesse, s’agrandissait de tous côtés.

La Salamandre est un petit havre marin au large duquel s’était échoué, au siècle dernier, ce vapeur qui lui donna son nom. Qui ne se souvient de son petit port, de sa grande plage et de toutes ses maisons et villas qui, partant des falaises s’en allaient en bordure de mer, jusqu’à la Crique Alquier, avant de plonger vers l’Ouest pour atteindre les plages incomparables des Sablettes qui s’arrêtaient sur les "Rochers des Marbres" ! 

Ces efforts avaient fait de Mostaganem, cette petite ville de 1833, la grande cité moderne qu’elle était devenue en 1962.

Par : Louis Thireau - Maire de Mostaganem (1912).