Cypres

Le Cyprès du Tassili, un arbre millénaire en danger

Dans les massifs montagneux du Tassili des AJJERS, pousse un arbre unique en son genre : le Cyprès du Tassili (Cupressus dupreziana) encore appelé TAROUT (en langue tamahaq). C’est un arbre endémique de ces contrées, c’est-à-dire qu’on le trouve uniquement dans ces régions sahariennes, où subsistent encore, dans des conditions climatiques extrêmes, quelques petites colonies, le plus souvent clairsemées.

Pourquoi nous intéresser à cet arbre ?

Parce que d’une part, son biotope est le Sahara algérien, et d’autre part, il s’agit d’une espèce très menacée : On en comptait 233 spécimens en 2001. C’est un arbre qui peut atteindre 20m de hauteur et 12m de circonférence.

Ses rameaux sont courts et son feuillage est d’un vert bleuté, avec sur chaque feuille, une tache blanche de résine. On estime que les plus anciens ont plus de 2000 ans et il y a très peu de régénération du fait de l’extrême rareté des pluies.

Dans le texte qui suit, c’est un Tarout, vieux de 2000 ans, qui nous parle, du fond de sa solitude. Alors, extirpons nous un moment de notre tohu-bohu quotidien et partons à sa rencontre. Laissons l’esprit voyager et écoutons le Tarout nous parler, dans les lueurs d’une aube sereine.

Cette Ode est dédiée à cet arbre millénaire.

AUBE SEREINE

Dans ma mémoire serpentent des chemins de pierraille, cicatrices cramoisies, burinées depuis la première aube, par les salves incandescentes de milliers de Simouns.

Sous les palmes ou à même le sable, mais loin du tumulte de la ville, écoutes mon histoire. Ecoutes les bruissements qui te parviennent des confins des Hamadas.

Là, dans le silence des Regs, l’écho retentit, vacille, puis s’évapore au-dessus d’un horizon de pierres .

Vers une terre bénie, l’histoire met la voile.
Dans ce relief éclaté, les pitons dénudés sont des offrandes posées sur le sable.
Ici, les saisons y font escale et se recueillent.
Ici, dans l’éclaircie des orages, une main a dessiné la splendeur et quelques part, dans les sillons fertiles des grès, une autre a semé des rêves, des illusions et des conquêtes.

Sous la voûte azurée
ou sous le firmament constellé
les quatre vents me rappellent

Je me rappelle des équinoxes tourmentées, des étés rougeoyants et des gerbes d’aurores.
Mais c’est à la lueur de laube sereine, que tu perceras les secrets de mon alphabet.
Il te faudra alors, nécessairement, débroussailler mes veillées originelles et mes songes désertiques, avant que d’accéder à mes saisons interdites, celles enfermées dans l’étau des barkhanes.

O toi qui marches sur les dunes au pas de méhari,
O ombre bleue qui tangue dans la lumière,
si ma solitude t’écorche, desserres les dards des barkhanes et déroules le parchemin de mes traversées. Tu pourras y puiser mes histoires farouches, qui traduisent mieux que le soleil, les pulsations de mes tumultueuses épopées.

Depuis cette aube sereine, la pierre alentour n’en finit pas de languir et de s’effriter.
La pierre roule ostensiblement à la quête des flots et à défaut d’onde, elle garnie haletante et épuisée, les lits squelettiques, comme pour apposer son sceau sur les strates poussiéreuses, et témoigner d’une recherche éperdue et authentique.

Mes Histoires remontent le cours d’avant le royaume !
Pour connaître cet empire et étancher ta soif, confères toi au livre des anciens.
Tu y découvriras des fragments d’empreintes sertis dans des lignes gorgées de lumière. Elles te guideront vers l’amont, vers des sources qui se souviennent encore du chant d’un ruissellement, d’un ramage et des méandres qui brodaient en aval, de généreuses foggaras.
Et ne te fies pas à la sècheresse de mes hautes futaies, ni à mes bras anguleux. Mes poings jadis ont exploré la laine et glané sur les berges, des opales et des étoffes chatoyantes.

La nuit venue, les étoiles se souviendront des premières pluies et évoqueront avec émoi, les indicibles caresses de la lune.
Regardes ! Ma poitrine est un sanctuaire où sont gravés  des murmures et des feux inconciliables.
Et tu verras, dans ce moment écartelé où se déploie l’aube sereine, s’exhaler au dessus de mon archipel, des souffles et des soupirs.

T’en souviens-tu ?
Hier, j’ai offert mes frondaisons à la Reine du désert et sous mon frêle ombrage, j’ai pansé ses blessures et séché ses larmes. Des larmes de rubis scintillaient sur ses joues.
Comme des étoiles d’un autre ciel.
Aujourd’hui, par-delà le Grand Erg, la Légende remonte au son langoureux de l’imzad.

Et si des sortilèges venaient à étouffer tes horizons, laisses ma complainte te guider vers le fabuleux royaume du N’Ajjer.
Sur ta route, au-dessus des dunes, mes frémissements feront tourbillonner le sable ocre.
Pour mieux te toucher. Pour mieux alléger tes pas.

Tu emprunteras alors le chemin lumineux que t’auront tracé les seigneurs du Désert.
Ce long chemin te mènera vers un crépuscule flamboyant. Là, aux abords des flancs escarpés du mont Tahat, le tambour des dunes t’envoûtera peut-être, mais ne te détournes pas. Gardes en toi la pureté de la Rose des sables. Encenses-la et crois en son Mirage, comme à celui du Talisman des imazighen qui empourpre ton cœur.

Dans le brasier de l’Ahaggar, le ciel sera rouge. Dans le vertige du silence, la nuit enfantera d’une aube légère qui viendra nimber, peu à peu, ma noire ramure.
Dans cette clarté irisée, je te confierai, toi fils des hommes libres, les drames et les secrets qui bouillonnent ma sève. Depuis 2000 ans.

C’est alors que l’aube sereine se démembrera
Comme des myriades de  météores dans un ciel d’août

Au dessus, dans cette faille du firmament, là où palpite ton étoile, j’accrocherai, moi TAROUT, une constellation d’Oasis.
Pour abreuver tes veines de mes mille et une odyssées.
Jusqu’à l’Eternité.

Par : Mahfoud BENTRIKI.

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