Bourahla profil

Hommage à l'historien BOURAHLA Abdelkader

Le regretté Bourahla Abdelkader, historien, chercheur, expert émérite et défenseur acharné des repères mémoriels de notre belle cité, aura été, sa vie durant, sur tous les fronts. Et à bien considérer ses travaux en histoire et ses recherches sur le patrimoine, nous pourrions dire, à juste titre, que cet enfant de Tidjditt, nous aura définitivement réconcilié avec notre propre histoire.

De même qu’il nous aura permis de découvrir et d’apprécier les facettes insoupçonnées d’un patrimoine multiséculaire qui a toujours fait, depuis la nuit des temps, la singularité et la richesse de notre charmante ville, anse turquoise où l’art pluriel y' a jeté l’ancre depuis des lustres, y trouvant sans doute (ici plus qu’ailleurs) son épanouissement, au cours d’une histoire passionnée et passionnante, partagée au fil du temps, avec une cité ô combien charmeuse qui savait mieux que toute autre, magnifier et donner pleine splendeur à l’Art.

Certains diront que c'est depuis ces temps immémoriaux qu’elle devint une escale incontournable car féconde, vers laquelle convergeront tous les caps. Bourahla Abdelkader vient de tirer sa révérence à l’âge de 76 ans.

Pour avoir eu le bonheur et l’insigne honneur de le côtoyer, je dirais qu’il fût un personnage attachant, un homme d’une grande conviction, un historien scrupuleux, un ardent défenseur de notre legs patrimonial, et un acteur de premier plan de la société civile.

Nous essayerons, dans ce qui suit, d’esquisser son parcours et mettre en exergue, l’apport substantiel par lequel il enrichira l’histoire de Mostaganem, ajoutant de ce fait, une autre page à l’histoire millénaire de notre pays. Nous rappellerons également son indéfectible engagement dans tout ce qui touchait, de près ou de loin sa ville, captivante Mesk-el-ghanaïm que le genêt fait valser jusqu’à l’ivresse, à chaque printemps.

Esquisse Biographique

Bourahla Abdelkader  est  né le 17 octobre 1938  à  Mostaganem. Son père, agriculteur, décède peu de temps après sa naissance. Le jeune orphelin entamera sa scolarité à l’école Jean-maire puis après sa 6éme, est admis au lycée René Basset situé en ville européenne (Actuel lycée Zerrouki). Après la grève lancée par l’ UGEMA, il quitte l’établissement alors qu’il était en première année probatoire.

Il sera enrôlé par mesure coercitive dans l’armée française et affecté à Nouvion (El-Ghomri). Nationaliste convaincu, il pourvoira pendant des mois les djounoud en munitions. Dénoncé, il est emprisonné en 1960 à Oran et ne sera libéré qu’à l’indépendance. Dans l’euphorie de la liberté retrouvée, il monte à Alger avec l’espoir de terminer sa scolarité. Ayant décroché son baccalauréat, il s’inscrit à l’école nationale d’agriculture. A la fin du cursus, le frais émoulu diplômé intègre le ministère de l’agriculture en qualité d’inspecteur général des forêts.

Il se spécialisera dans la défense et restauration des sols. C’est à ce titre qu’il intègrera le collectif chargé de la conception et la réalisation du parc zoologique de Ben Aknoun. Peu de temps après, il est directeur général de l’office national de l’Alfa, ce qui lui permettra d’arpenter le grand sud et d’en connaître les spécificités, d’où ses réserves vis-à-vis de la « consistance » du barrage vert, car il était partant pour généraliser la culture de l’Alfa, graminée mieux adaptée à la climatologie et au sol des hauts plateaux, au lieu de ces fragiles arbustes qui ne résisteraient pas au premier sirocco.

D’ailleurs ce « projet du siècle » lancé à l’époque en fanfare, ne survivra pas à la disparition de son fervent promoteur, feu le président Houari Boumediène. Après quelques années, Bourahla réintègre le ministère en qualité de conseiller, mais pas pour longtemps, car il fera valoir ses droits à la retraite pour clore une carrière, qui n’était pas, de propre aveu, un long fleuve tranquille, car des lames de fond ont eu raison d’un enthousiasme et d’idées novatrices qui sont parties à vau-l’eau, irrémédiablement..

Il se retirera avec sa discrétion habituelle et vivra pécuniairement de ses seuls émoluments, refusant de bénéficier des subsides des anciens moudjahidines, car ce monsieur, au caractère bien trempé, se faisait une autre idée du sacrifice.

Le rendez-vous avec l’Histoire

Le voilà à cinquante ans, libre de tout engagement. Mais une retraite dorée, ce n’est pas vraiment sa tasse de thé. Il va donc se consacrer pleinement, en dilettante avisé, à un vieux rêve qui ne s’était jamais émoussé, qu’il portait dans ses tréfonds pendant toutes ces années de fonctionnariat : Ecrire l’histoire de Mostaganem. Et c’est précisément à Mostaganem que son vieux rêve remontera à la lumière.

C’était lors des toutes premières réunions de l’ «Association pour le renouveau et pour la promotion de Mostaganem» (créée le 02 mai 1992 par une poignée de notables ), où parmi les quinze points de la plateforme élaborée par la dite association, il se proposera pour prendre en charge le volet consacrée à l’histoire de la ville. C’est à ce moment là que son hobby se muera en une véritable passion, passion qui allait nous révéler un chercheur authentique, armé d’une remarquable pugnacité.

L’Histoire va lui ouvrir ses bras et de la lecture jaillira la lumière. Il décortique les travaux de l’éminent historien Moulay Belhamissi (1930-2009), un érudit de Mazouna, auteur de nombreux ouvrages, dont « Histoire de Mostaganem des origines à nos jours », « Histoire de la marine Algérienne 1516-1830 », «Captifs Algériens en europe chrétienne » constituent autant de best-sellers.

L’«Histoire de Mostaganem» deviendra le livre de chevet de M. Bourahla. Insatiable, il dévore thèses, documents, études, s’appesantissant sur les travaux de son prédécesseur, le Mostaganémois Benaissa  Abdelkader (1924-2002). Et la suite, nous la connaissons. Mostaganem va lui dérouler son parchemin et de découverte en découverte, il éclairera à la manière d’un spéléologue chevronné, les pénombres et les sophismes d’une histoire millénaire.

Faisant corps avec sa passion, il apprendras « le métier » sur le tas, exhumant, dépoussiérant et étudiant toutes les archives ayant trait à l’histoire de Mostaganem. Et combinées à une somme d’indices prélevés sur le terrain, le résultat ne se fera pas attendre. Grâce à ses recherches, « Tigjditt », l’ancienne cité berbère se rappropriera son statut de ville. Ville qui avait son particularisme propre, caractérisé par une architecture, une histoire, un patrimoine immémorial et un modèle socio-anthropologique qui réussira à survivre à une déculturation coloniale menée au pas de charge par les Bugeaud, de Montagnac, Saint-arnaud, Cavaignac et consorts, battant ainsi en brèche l’idée volontairement erronée que s’en faisait le colon qui, la toisant du haut de « sa » ville européenne, la considérait tantôt comme un « quartier arabe », malfamé de surcroît, « village arabe » infesté de coupe-gorge, ou tantôt comme un « faubourg » difforme et hideux.

Travail magistral qui allait nous réconcilier avec notre histoire, dont nous ne connaissions en vérité que des bribes décousues, le plus souvent sciemment tronquées par ceux là même qui n’apportèrent depuis 1830, que razzias, massacres, asservissement et enfumades.

Et à propos d’enfumades, celles des grottes de Negmaria où périront piégés et asphyxiés, sous les ordres du sanguinaire colonel Pélissier, un millier de femmes, enfants et d’hommes de la tribu  des  "Ouled Riah", le 19 juin 1845, sont assurément à inscrire dans les annales de la barbarie. Il rappellera cet innommable génocide à travers des écrits, des conférences et en participant, parfois au péril de sa santé, à un documentaire tourné sur les lieux même du carnage, ceci pour faire connaître au « monde civilisé » que ce spécieux « caractère humain, pacifique , juste et bienfaisant de la colonisation française », que nous pérorait le président Gaston Doumergue, le 07 mai 1930 depuis Constantine - discours repris depuis lors par des héritiers-hâbleurs du même acabit - n’était en vérité qu’une imposture de plus et une falsification éhontée de l’histoire.

Concernant précisément ce volet historique, un souci le tarabustait : Comment protéger un patrimoine abandonné délibérément à la décrépitude, et menacé par un «aménagement du territoire » impénétrable, vaseux, décidé à la hussarde, et qui ne vise ni plus ni moins qu’à trucider sciemment des pans de notre mémoire ? Cette « politique » de la table rase qui semble régler son compte à un héritage en souffrance – qui gagnerait plutôt à être restauré comme cela se fait sous d’autres cieux- le faisait sortir de ses gonds.

Membre actif de la société civile, président puis Président d’honneur de l’« Association pour le Renouveau », M. Bourahla alertera à maintes reprises, responsables et décideurs, afin que l’on préservât tous les repères mémoriels de la wilaya (même les effroyables geôles coloniales et autres centres de torture), livrés depuis des lustres à l’incurie, à l’amnésie et à l’ignorance.

Et fier de ses origines, il parlait encore et toujours de Tidjditt, creuset de nos valeurs et lieu d’une riche acculturation qui s’était opérée à travers les siècles, de sa toponymie, de l’histoire médiévale de l’Algérie et de ses dynasties ziride, hilalienne, mérinide, zianide.. etc. Il parlait de cette citadelle ô combien stratégique que convoitaient Ottomanes et espagnols, de la bataille de Mazagran du 26 août 1558 où périt le comte d’Alcaudette et du long poème-témoignage « Qasset mazeghren » de Sidi Lakhdar Benkhlouf El-Maghraoui (16-17éme siècle) dont il fut l’un des héros; de nos us et coutumes (qu’il considérait comme étant les plus anciennes de la Numidie berbère); il parlait aussi des affres du colonialisme, etc..

Esprit éclectique, il savait apprécier l’art dans toute sa plénitude car son cœur savait voguer de la musique à la littérature, et son émoi à fleur de peau pouvait frémir à l’écoute d’une mélopée ou s’extasier devant une œuvre picturale. Cependant que dans sa gibecière d’ancien écolier de l’école Jean-Maire, sûr qu’il y' avait de la place pour le Ciné Lux, et certainement beaucoup pour les belles escapades dans les merveilleuses landes de "Chara", dont il ne reste aujourd’hui qu’une vague et lointaine réminiscence.

Mais sa destinée piaffait et attendait son heure. Celle ci s’accomplira lorsqu’il découvrira à l’Est de Mostaganem, après un arpentage titanesque dans l’immensité du Dahra, des stations archéologiques, grâce auxquelles il réussira à remonter le cours de l’histoire de Mostaganem jusqu’aux premiers balbutiements de sa préhistoire, lui permettant de mettre au jour, après de minutieuses fouilles archéologiques, les vestiges des premiers hominiens qui s’y sont établis au cours du paléolithique moyen et du néolithique, découvertes expertisées et authentifiées par d’éminents spécialistes du département d’archéologie de l’université d’Alger.

Dès ce moment, des chercheurs de l’Université afflueront vers ces nouveaux sites, à l’instar de l’archéologue, chanteur et musicologue Nourredine Saoudi dont il appréciera l’amicale contribution. Entre ces deux « traqueurs de mémoire », naîtra une amitié pérenne, toute dédiée à l’étude des strates du temps, jalousement gardés dans un sol béni, qu’auront foulé depuis des millénaires, nos valeureux ancêtres. Avec ces importantes découvertes, il lancera l’idée de créer un musée à Mostaganem afin de préserver ces inestimables trésors. Mais là, il fallait convaincre d’abord les décideurs de l’utilité d’un tel espace culturel, puis ensuite s’échiner à lui trouver une adresse. Le marathon s’annonçait bien rude.

Un historien dans la cité 

Et quand d’Alger, il rejoignait Mosta son ancien fief, nous connaissions ses points de chute : l’« Association pour le renouveau » et la maison de la Culture Ould Abderrahmane Kaki. Dans sa grande galerie, il avait pris l’habitude d’organiser, spécialementpendant le mois du patrimoine, des expositions qui racontent la mémoire et le riche héritage patrimonial de la ville. Fidèle à sa discrétion, beaucoup de visiteurs ignoraient qu’il en était l’initiateur et le concepteur. Mais la plus belle des expositions reste celle qu’il aura dédiée au déclenchement de la guerre de libération.

En effet, le 1er Novembre 2012, j’ai eu la chance d’assister à la remarquable rétrospective qu’il avait préparée pour cette date d'anniversaire. Fruit d’une année de préparation, cette exposition était bien l’œuvre d’un historien, car elle sortait des sentiers battus et du «déjà vu» : aux photos inédites, très expressives et bien cataloguées, puisées pour la plupart dans les archives des armées françaises, il y' avait adjoint de judicieuses annotations, des citations et des extraits de documents rares, savant agencement qui faisait mieux ressortir l’inhumaine sujétion coloniale et le travail de sape des services coloniaux. Un travail colossal, impressionnant, à la fois brillant et bouleversant ! Et sa frêle silhouette qui nous accompagnaient et qui nous éclairait, n’exprimait pas une fragilité, elle cachait en fait une énergie des plus flamboyante.

Etait-ce cette même énergie qui le rendait tout feu, tout  flamme lors des rencontres annuelles des anciens potaches du lycée Zerrouki (ex-René Basset) qui se tiennent le premier mai de chaque année ? Cette  année pourtant (Mai 2014), il manquait à l’appel sans que nous n’en sachions la raison. L’on se souvient que d’habitude, après le bain de jouvence et les retrouvailles, il redevenait pour quelques instants, un historien « assiégé ».

L’année dernière (Mai 2013), il nous présentait à l’ombre des ficus de la cour, « l’association des étudiants musulmans de Mostaganem (A.E.M.M) », créée le 26 novembre 1946. Et son camarade, le chahid Benguella Touati qui en fut le Président à partir d’octobre 1955 était un bel exemple de sacrifice. En effet, après la grève du 19 mai 1956, ce dernier rejoindra le maquis en mettant entre les mains de notre historien, cette émouvante lettre : 

« Pour ceux qui prendront en main le sort de cette association, je suis le seul hélas aujourd’hui à vous parler. Je ne veux pas vous faire un discours; je ne veux pas vous faire l’ historique de l’association; je ne veux pas vous faire non plus l’ éloge de son comité, qui a mérité l’estime de tous nos frères étudiants musulmans, de toute la population mostaganémoise… pour sa ténacité, pour sa volonté de bien faire.. et c’est au nom de ce même comité que je remets entre vos mains à vous amis inconnus, le sort de l’A.E.M.M. Ayons confiance en l’avenir ». Benguella Touati  tombera au  champs d’honneur. Il avait 23ans, l’âge de tous les rêves et de tous les espoirs .

Grandement apprécié pour la qualité de son travail, l’infatigable Bourahla, portera la voix de Mostaganem dans les semaines culturelles à travers tout le pays. A Tizi Ouzou, l’enfant de « Mest-ghalim » -c’est-à-dire l’enfant des roseaux en Tamazight comme il se plaisait à nous l’expliquer- fera sensation avec des noms berbères, inconnus dans le lexique des autochtones, mais encore en usage chez les personnes âgées de Mostaganem, tels tighlilet  tissemamine..

En cette année 2000, s’ouvre à Bruxelles, sous l’égide de l’Union Européenne, un forum sur les sociétés civiles, auquel sera conviée « l’association pour le  Renouveau » laquelle déléguera cinq membres, parmi lesquels notre  chercheur. Après les travaux et avant de rentrer au bercail, notre historien fera un crochet par Paris, avec l’idée d’accéder aux archives du ministère de la  guerre. Il regagnera le pays avec des supports bourrés d’informations. Ce « butin de guerre », il s’en servira à bon escient comme exposé plus haut.

A Alger, la fondation Friedrich-Ebert, lui donne la possibilité de participer aux exposés qu’elle programme sur la thématique de l’histoire. En 2003, s’ouvre l’« année de l’ Algérie en France ». Bourahla y sera sollicité, eu égard à ses travaux sur le patrimoine, pour animer des conférences à Paris. En 2007, dans le cadre de la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe », il fera partie des conférenciers invités au séminaire international consacré  à « la préhistoire dans le maghreb arabe ».

L’engagement dans la société civile 

Ces dernières années, il s’investira corps et âme dans la société civile. Ainsi, de concert avec l’association pour le renouveau, il montera au créneau pour fustiger une politique d’aménagement du territoire hasardeuse qui risque, si elle n’est pas reconsidérée, d’hypothéquer irrémédiablement l’avenir des générations futures, menaçant de lui « offrir » un no man’s land aseptisé, uniformisé et sans âme..

Deux problèmes majeurs vont canaliser toute son énergie. Et des « berges » grisâtres de l’Oued Ain Sefra dont l’insalubrité empoisonne le centre ville, au rivage doré de Sdi-Mejdoub, menacé par un tout autre sortilège, son combat sera indivisible, puisqu’il sera question d’assainir, primo, un environnement pollué par la gabegie permissive des uns et l’incivisme atavique des autres et secundo, de préserver les repères mémoriels encore debout qui ont de tout temps fait le cachet et l’authenticité d’une station maritime que les anciennes familles de Tidjditt porte dans leurs cœurs pour des raisons que le passager d’un soir ne pourra jamais saisir.

Au sujet de ce cloaque immonde ouvert aux quatre vents, le chercheur Bourahla préconisera, à travers un rapport circonstancié, des solutions à même de régler définitivement le problème de cet abcès purulent qui gangrène le cœur de notre cité. Et pour tout dire, il n’était pas particulièrement partisan d’un projet concocté en catimini dans un bureau d’études, dont la réalisation nécessitera la bagatelle de 36 milliards de centimes ! Et pour quel résultat ? L’avenir sera  juge.

Nous comprendrons ce faisant et pour la énième fois, qu’il n’est pas dans les mœurs de nos décideurs de dévoiler à la population, la teneur de tel ou tel projet qui est censé la concerner au premier chef. Concernant la station balnéaire de Sidi Mejdoub, ancien lieu de villégiature des familles de Tidjditt, quartier pittoresque qui fut pendant la révolution une base arrière des moudjahidine et qui a toujours été une place forte artistique très prisée, où avec la baraka de Sidi Mejdoub, l’on se laissait dorloter et par le clapotis des vagues et par les suaves qacaïdes du chaabi. Malheureusement, toute cette truculente mémoire se trouve menacée par un « aménagement » dont on ne connait ni les tenants, ni les aboutissants. Et pour la communication, il faudra repasser. Pour le pauvre badaud, les voies du seigneur sont bien impénétrables.

Mais insidieusement, la machine s’est déjà mise en branle et le binôme « démolition-indemnisation » est en train de préparer le « terrain ». Bourahla Abdelkader s’opposera avec véhémence, et à coups d’arguments imparables, à un projet immobilier qui pointe son nez et qui risque de créer une cassure définitive dans un bassinoù l’harmonie est déjà bien précaire. Dans une époque où le bon sens est foulé au pied, Il n’aura de cesse de rappeler, que eut égard à la particularité du site, la nature agressée se réappropriera tôt au tard, et parfois au prix d’un cataclysme, ses droits bafoués.

La catastrophe du 21 novembre 2011 de kharrouba et Sidi El-Mejdoub, qui provoqua un glissement de terrain et un torrent de boue, sont venus conforter d’une façon dramatique, ses appréhensions. Afin de sensibiliser les autorités, il s’attèlera, en sa qualité de spécialiste de la défense et restauration des sols, à s’investir dans une étude technique qui englobera, et qui expliquera, tous les facteurs, ayant concouru à ce désastre. Ses conclusions tirées d’une volumineuse expertise de 80 pages seront sans appel.

Elles révèleront que « les zones de kharrouba et sidi mejdoub sont des formations dunaires, situées dans une zone basse incluse dans un immense périmètre naturel, lieu d’infiltration des eaux pluviales qui alimentent la nappe phréatique. De ce fait géologique, une urbanisation de ces zones est difficile parce que le sol est sablonneux en profondeur ». Et de citer le cas de Hai Es-Salem construit sur un monticule  sablonneux surplombant la crique de Sidi El-Mejdoub et qui semble glisser encore plus à chaque intempérie. Alors, les décideurs l’entendront-ils de cette oreille ? Le bon sens prévalera-t-il ? 

On était nombreux l’autre jour, au milieu de la famille du Bourahla, décédé le 13 Mai 2014, à lui rendre un vibrant hommage, lors d’une cérémonie de recueillement et de souvenir organisée conjointement par l’ « association pour le renouveau », l’« association Ouled tidjditt » et la « Fondation Djanatu El Arif » de la Zaouia Alaouia. Notre souhait est de voir les travaux du regretté chercheur publiés, afin que nul n’oublie son œuvre, son combat et son attachement viscéral à l’histoire et au patrimoine de la  ville de Mostaganem.

Par : Mahfoud BENTRIKI.

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